Tynn – La désensibilisation de Diez

Comment gérez-vous les peurs de votre chien ?

D’ailleurs… Savez-vous ce qui l’effraie ? Le stresse ? Comment parvenir à une telle conclusion en lisant les signaux qu’il vous envoie ?

Avec Diez, je n’ai jamais eu d’énormes efforts à faire : choisi parmi les autres chiots de la portée car paraissant le plus stable et possédant l’envie d’interagir avec l’humain, il fut immédiatement plongé dans « le bain du positif » et développa rapidement assez de confiance en lui (puis en moi) pour passer au dessus de ce qui l’inquiétait. Vers trois mois, pendant la période juvénile où toute nouvelle découverte l’inquiétait, il eut brièvement peur des valises, ou plutôt du bruit qu’elles provoquaient en roulant sur le bitume. Peur qui fut vite oubliée avec quelques croquettes distribuées dès que l’on en croisait une. Rien de paramétré, aucune mise en scène. J’avisais lorsqu’il y en avait. Depuis cette période, Diez n’a jamais manifesté d’angoisse envers un objet, un animal, une personne ou une situation donnée ; je pensais donc en avoir fini… Jusqu’au jour où je dus prendre le métro avec lui pour partir en vacances.

Plutôt confiant au départ, son état s’est peu à peu dégradé au fil des minutes : le hall bondé, rempli de bruits, d’odeurs et surtout de personnes pressées risquant de le piétiner s’il s’écartait de ma hanche, certains trainant en plus ces satanées valises. Après la descente des escaliers, il dut attendre au bord du quai jusqu’à ce que le bruit infernal du métro nous indique qu’il approchait, et il dut franchir les portes automatiques pour s’asseoir à côté de moi dans un wagon où seuls quelques néons nous séparaient de l’obscurité totale. Mis à part l’inconfort subi par les secousses du métro sur les rails, rien à signaler ; Diez couché sous les sièges, gavé de saucissons, les choses s’étaient améliorées. Et puis… L’ouverture des portes, le flot de personnes, et la gare, immense, bruyante, bondée de Lille-Flandres… Des pieds, des jambes, des valises, voilà tout ce que Diez devait voir. J’étais tout à fait consciente du self-control dont il devait faire preuve, et de la confiance qu’il portait en moi pour ne pas paniquer complètement. L’aller fut donc bouclé avec une facilité déconcertante. Le retour me clarifia clairement les choses : Diez détestait tout ce remue-ménage, et s’il me suivait dans mes déplacements, j’avais l’impression d’entamer à chaque pas notre relation.

Si sa socialisation en béton et notre complicité ont fait la moitié du travail, il reste une énorme part de vide que j’aurais du combler en l’habituant au remue-ménage du métro. C’était une erreur de ma part et aujourd’hui, je suis bien décidée à la combler.

Gérer la peur chez le chien est un motif de travail bien dérisoire pour un non-connaisseur. Il est vrai qu’à première vue, Diez m’avait suivi malgré sa panique grandissante. Je pouvais très bien réitérer la chose en raccourcissant la laisse au maximum et en l’entraînant dans mon sillage. C’est ce que font la grande majorité des propriétaires face à une peur du genre : ils forcent leur chien à subir une situation qui les stresse, effraie ou panique (selon le degré) jusqu’à ce qu’il ne montre plus aucune réaction. On appelle cela l’immersion, et elle mène le plus souvent à ce qu’on appelle l’état d’impuissance acquise. Ce qui suit est un extrait de Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Impuissance_apprise) vous éclairant sur le phénomène :

Dans la 1re partie de l’expérimentation de Steve Maier, trois groupes de chiens sont attachés à un harnais. Dans le premier groupe, les chiens sont simplement attachés à leur harnais durant une courte période et ensuite libérés. Les groupes 2 et 3 restent attachés. Le groupe 2 subit intentionnellement un choc électrique, que les chiens peuvent arrêter en pressant un levier. Chaque chien du groupe 3 est attaché en parallèle à un chien du groupe 2, subissant un choc de la même intensité et de la même durée, mais ceux du groupe 3 n’ont pas la possibilité d’arrêter le choc. Le seul moyen pour un chien du groupe 3 d’échapper au choc est qu’un chien du groupe 2 actionne son levier. Les chiens du groupe 3 ne peuvent donc pas agir par eux-mêmes pour échapper au choc. Au bout du compte, les chiens des groupes 1 et 2 se sont rétablis rapidement de leur expérience, tandis que les chiens du groupe 3 ont appris à être impuissants et ont montré des symptômes similaires à la dépression chronique.

Dans la 2e partie de Seligman et Maier, ces trois groupes de chiens ont été mis dans un nouveau dispositif avec un petit muret qu’il suffit de sauter pour éviter le choc. Pour une très grande partie du parcours, les chiens du groupe 3, qui avaient précédemment appris que rien ne pouvait arrêter les chocs, restaient passivement immobiles et gémissaient. Bien qu’ils aient pu s’échapper facilement des chocs, les chiens n’ont pas essayé.

Ainsi lorsqu’un animal est soumis à des « stimulations nociceptives inévitables, celui-ci renonce à tout comportement d’évitement [il se résigne à] l’immobilité. Ce comportement persiste même lorsque les stimulations nociceptives sont évitables. ». Toutefois si l’expérimentateur intervient auprès des chiens devenus apathiques pour les tirer lors de l’envoi du choc électrique de l’autre côté du muret, il sort de cet état d’impuissance apprise.

Les chiens immergés dans une situation qui les effraie finissent par plonger dans cet état, et subissent donc tout sans manifester la moindre réaction ; voilà pourquoi les chiens que l’on éduque avec un collier électrique ou a piques (en l’utilisant avec abus et sans les connaissances requises) se montrent plus « faciles » que nos compères canins baignant dans cette éducation positive qui leur permet de montrer qu’ils ont peur, car la relation de confiance qui s’installe avec le propriétaire leur permet d’exprimer leur ressenti. C’est ensuite à l’humain de remarquer les signaux envoyés et de réagir pour ménager son chien (le soustraire à la situation qui l’angoisse).

En ignorant ce qu’exprime le chien, le propriétaire le renforce dans l’idée que l’humain ne peut rien faire pour l’aider, et le lien s’en ressent. Le chien cherche à fuir, voire à attaquer, prenant des initiatives pour remédier à sa condition. Il n’est pas difficile de savoir pour quelle méthode va ma préférence…

COMMENT J’AI PROCÉDÉ.

J’étais persuadée que ce qui effrayait Diez était le métro en lui même, et les secousses qu’il avait du subir ; mon idée était donc de me placer dans le hall et, à l’aide d’un clicker et de récompenses appétantes, le renforcer par sa simple présence. Aucun regard, aucune action demandée. Juste clic et récompense (c/r) le plus souvent possible.

Hakou était présente en guise de « référant émotionnel » : étant plus vieille et très posée dans toutes les situations, elle était le modèle sur lequel Diez devait se calquer.

A peine avions-nous franchi les portes du hall que Diez s’était tendu ; nous nous sommes placées le long d’un mur pour ne pas gêner le passage, et j’avais commencé à cliquer et donner des récompenses… Que Diez ne prenait pas. Laisse tendue, oreilles en arrière, il n’en fallut pas plus pour me faire ressortir.

Je devais donc commencer par le désensibiliser au hall en lui même.

Voici le plan que j’ai rédigé en rentrant de ce premier essai ; il prend en compte les compétences de Diez, sa confiance en moi et peut être modifié à tout moment selon ses progrès ou régressions. Ne le prenez donc pas comme modèle absolu pour traiter le même problème avec votre chien !

▬ Entrée du métro et passage des portes

A l’approche des portes d’entrée, c/r avec poignée de nourriture lancée au sol pour détourner en plus l’attention de Diez. Petit à petit, nous nous sommes rapprochés des portes pour y rester quelques secondes et repartir dans l’autre sens. Au fur et à mesure, j’ai réussi à amener Diez dans le hall (un pas ou deux à l’intérieur) je récompensais largement puis retour à l’extérieur. J’ai travaillé avec ce concept d’aller-retour en augmentant très progressivement le temps dans le hall. Diez restait très tendu, oreilles en arrière, muscles crispés, queue basse, mais me faisait assez confiance pour me suivre (ça, et le renforcement au clicker bien entendu) Nous travaillons 5-10 minutes puis longue marche autour du métro et du parking pour le détendre, et de nouveau séance de 5-10 minutes.

▬ Naviguer aisément d’une porte à une autre

Quand Diez a cessé de regarder autour de lui et d’angoisser, j’ai pu faire une dizaine de pas dans le hall pour passer d’une porte à une autre. Il marchait au pied et restait plutôt tendu mais son état était plus encourageant.

▬ Rester à l’intérieur (près des portes) de plus en plus longtemps

Même chose que pour la première étape, une fois la porte d’entrée passée, je récompensais toutes les secondes, puis toutes les deux secondes, puis toutes les trois… Puis retour vers l’extérieur pour décompresser.

▬ Augmenter peu à peu la distance (ping pong)

A ce stade, Diez était beaucoup plus à l’aise, il tirait sur sa laisse pour rentrer dans le hall du métro (merci le renforcement!) et son attention était très portée sur moi. Il me faisait une marche au pied parfaite (alors qu’en balade il est plus en avant) et ses oreilles étaient clairement en avant. Muscles presque détendus. Une fois au milieu du hall, il devait exécuter des exercices simples (assis, couché, touche) pour l’occuper mentalement. Il agissait en gestes brusques, un peu saccadés, signe qu’il n’était pas encore totalement à l’aise mais les progrès étaient clairement visibles. A partir de ce moment, Hakou restait avec lui dans le hall et non à la porte (que sa maîtresse tenait ouverte pour que je puisse entrer et sortir aisément.)

▬ Travail sur l’attention (regard, marche au pied)

Le titre parle de lui-même. J’ai cessé de donner de grandes poignées de friandises, plutôt deux/trois à chaque fois. Le stress de Diez n’était plus qu’un souvenir, il reniflait un peu partout comme en balade.

▬ Naviguer dans le hall

Travail en laisse puis en longe pour lui laisser plus d’autonomie. Aucun problème à ce niveau, j’ai même réussi à le faire un peu jouer !

▬ Augmenter le temps à l’intérieur de la pièce loin des portes

A ce stade je sortais une ou deux fois par séance, pas plus. Diez naviguait dans le hall pendant quinze à vingt minutes sans soucis.

▬ Zen sur le tapis

Diez connait l’ordre « tapis » associé à un « stay down » c’est à dire qu’il reste couché et ne bouge pas si je n’ai pas donné l’ordre libérateur. Je voulais transposer ça au métro mais les contrôleurs étant de plus en plus présents, je n’ai pas pu faire cette étape et j’ai du improviser.

▬ Travail son près de la passerelle

Le métro en passant sous le hall produit un bruit infernal, et je pensais que c’était ça qui faisait angoisser Diez. En fait, non. Cette étape s’est donc traitée d’elle-même pendant l’étape « naviguer dans le hall »

▬ Prendre les escaliers (marche par marche)

Diez étant tout à fait détendu, cette étape s’est également éliminée puisqu’il m’a suivi vers le quai du métro.

A partir de ce moment, inutile de planifier, Diez était calme et je travaillais la nuit, vers quatre heures du matin (merci les insomnies!) lorsque le métro était hors-service. La vidéo qui suit vous montrera un peu son « examen final » c’est à dire le moment où je considère le problème comme réglé. Mon loup est encore un peu inquiet sur le quai du métro mais une ou deux séances en plus dissiperont ses craintes.

Comme vous vous en doutez, il n’y aura pas d’avant / après : Diez étant terrorisé lors de mon premier essai, il n’était pas du tout dans mes projets de lui faire subir ça à nouveau pour le filmer !

N’oubliez pas que cette désensibilisation est adaptée à Diez et à ce que je sais de lui et de ses réactions. Ce procédé vise à transformer la peur en « neutralité émotionnelle » et cette modification comportementale ne s’effectue pas en quelques jours… Je ne peux que vous conseiller de vous référer à un professionnel qui travaille évidemment avec la méthode positive, et qui sera mettre en place un programme sur mesure pour votre loup.

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