Méryos – Le rappel

Quand je me promène dans le parc que je fréquente habituellement pour sortir mon chien, il arrive que je rencontre plusieurs autres maîtres livrés au même rituel que moi.

Hélas, certains de ces chiens que je rencontre n’ont aucun rappel. Attention, je ne dis pas que le rappel de mon propre chien est parfait. Si je le lâche trop tôt par exemple, il se dirigera inexorablement vers le même endroit où il sait que des lapins se cachent. Et, dès qu’il a le museau et l’esprit occupé par ces mignons petites bêtes, il ne répond plus et n’a plus aucune attention sur moi, je dois donc aller me cacher et attendre qu’il se « réveille » et me retrouve. Mais, en d’autres circonstances, il me plait à croire que, même si son rappel n’est pas parfait, il est au moins qualifiable de « bon ».

Récemment le cas d’un chien, que nous nommerons ici Rouky, s’est présenté à moi. Le chien est souvent lâché mais n’a aucun rappel, même s’il reste le plus souvent dans le giron de son maître, il lui arrive de décider que non, ce n’est pas par là qu’il veut aller, et de tailler sa propre route. Son maître à beau le siffler, l’appeler, rien n’y fait, le chien est parti en dehors du parc, en direction de la route toute proche. Le maître lui a couru après et je l’ai accompagné dans les recherches de son canidé, que nous avons finalement retrouvé . . . à l’opposé de l’endroit où nous nous trouvions !

J’ai donc pris le temps de réfléchir à la question suivante : comment pourrait-on apprendre le rappel à un chien qui n’en a vraisemblablement pas et à qui on ne l’a apparemment jamais appris ?

Tout d’abord, quelques consignes pour le maître :

-Arrêtez d’être constamment sur le dos de votre chien. Si vous le sifflez ou l’appelez constamment, il vous ignorera puisqu’en faisant ces actions vous lui signalez tout simplement que vous êtes toujours là et qu’il peut donc vaquer à ses occupations sans s’inquiéter de rien. Rappelez-vous ce célèbre dicton :

« Le silence est d’or »

-N’haussez jamais le ton si votre chien ne revient pas, au mieux, il n’y prêtera pas attention et au pire, il tentera de vous fuir. Le chien a cette capacité de ressentir vos émotions dans votre voix. Lui crier dessus ne lui donnera pas  envie de revenir vers vous, au contraire. Oui, nous parlons d’envie. Le rappel selon moi, c’est savoir donner au chien L’ENVIE de revenir vers vous ! Et cela passe par une intonation de voix enjouée, le fait de bouger, claquer des mains, sortir un jouet ou une récompense alimentaire que le chien obtiendra en revenant vers vous. (Si le jouet est une balle, préférez-le lancé en hauteur comme récompense si le chien sait rattraper au vol. Sinon, préférez un autre jouet qui n’inclut pas un éloignement physique de la part du chien initié par vous.) Vous pouvez également vous mettre à la hauteur du chien pour le rappeler.

-Evitez également de mettre plusieurs mots pour le même ordre. Par exemple, le maître de Rouky utilise à tout va les « au revoir », « revient » « je m’en vais », « je pars sans toi », « ici », et ce monsieur émet même plusieurs types de sifflements qui ont tous le même but : rappeler son chien. Tout ceci est inutile et ne fait que brouiller votre compagnon à quatre pattes. Comment voulez vous vous faire obéir si le chien ne comprend pas lui-même ce que vous voulez ? Mon ordre de rappel est  « Viens » ou « Viens ici » le second est souvent utilisé sans que je ne m’en aperçoive quand je suis excédée… Dans le contexte où mon chien est lâché dans un parc je n’essais de n’utiliser que cet ordre.

-Il est très important de prévoir une récompense au début de l’apprentissage, que ce soit une friandise ou un jouet. Cela permettra au chien, quand ce dernier reviendra vers vous, de faire une association positive avec l’action de retour (vers vous). Vous pouvez également lui faire la fête quand il est près de vous, d’un ton TRES enjoué. Cette exagération du ton participe également au marquage positif de cette action.

Voilà pour le maître, passons maintenant au chien. Nous n’allons pas le lâcher dans le parc tout de suite afin de commencer à le rappeler. Il est nécessaire de procéder par étapes !

-Il faut commencer par lui apprendre son nom. Chose toute bête me direz-vous, mais qui n’est pas sans importance ! En effet, votre chien ne s’appelle pas « Viens ici » ou « Au revoir ». Le nom est pour moi aussi important pour le chien que pour le maître. Commencez par appeler le chien par son nom chez vous. Appelez le quand il ne vous regarde pas et dès que son regard se pose sur vous, récompensez, félicitez, bref, marquez positivement cette action. Cela n’apprend pas que son nom à votre chien, mais également à se concentrer, se fixer sur vous. Une fois que cet exercice est parfaitement réalisé, vous pouvez passer à un lieu ou la stimulation est plus élevée : l’extérieur !

-Tout d’abord à l’arrêt, commencez par fixer le chien sur vous en l’appelant. Dès qu’il vous regarde, félicitez ! Cela peut prendre du temps avant que le chien ne décroche son regard sur une chose qui l’attire afin de reporter son attention sur vous, soyez patient ! (Je parle d’expérience ! Attendre et appeler son chien pour qu’il vous regarde alors qu’il n’a d’yeux que pour ces petits lapins pas bien farouches du parc par temps de pluie, c’est long !)

-Quand votre compagnon réussit cela sans trop de difficultés, vous pouvez commencer à marcher en laisse avec lui. Arrêtez-vous quand le chien tire, ou quand il regarde quelque chose et rappelez-le de nouveau. Récompensez dès qu’il revient vers vous, même si ce n’est que d’un pas et petit à petit vous attendrez à ce qu’il s’approche de plus en plus de vous. A début, ayez toujours une récompense apparente, puis faite  la disparaître de  la vue de votre animal. Mais veillez cependant à toujours marquer positivement le retour de votre chien. Vous pouvez également utilisez le signal verbal que vous avez choisi pour le rappel pour cette étape.

-Un peu plus difficile : Obtenir le retour du chien en laisse tout en restant silencieux. Attendez que votre chien soit en bout de laisse, arrêtez vous, et attendez que le chien revienne. Encore une fois n’hésitez pas à récompenser chaleureusement ce retour. Mais cette étape n’est pas obligatoire, mais une sorte de bonus si on peut dire. Pratique quand le chien est en laisse, mais qui n’a pas grande utilité quand il est  lâché, sauf si vous utilisez un signal physique pour demander à votre chien un retour vers vous.

-Il est temps à présent d’utiliser une longe ou une corde longue pour l’étape suivante. Votre chien sera en longe détendue. Il divaguera, sentira et ne fera peut-être pas attention à vous. S’il le fait, utilisez le signal verbal ou gestuel que vous avez choisi pour le rappel et attendez. Le but est de donner au chien envie de revenir vers vous. Je sais, cela fait plusieurs fois que je le dis, mais je pense qu’il est important de le rappeler. Si le chien ne vous regarde pas, appelez-le par son nom, et, dès qu’il vous regarde, utilisez votre signal de retour vers vous. N’hésitez pas à exagérer votre ton afin qu’il soit plus enjoué (et utilisez un ton encore plus enjoué pour féliciter le chien de son retour), de vous accroupir afin d’êtres à sa hauteur etc . . . Avant de redonner sa liberté à votre compagnon vous pouvez si vous jugez cela utile, répéter cet exercice avec une longe plus grande. Mais l’important étant de le pratiquer dans plusieurs lieux adéquats et différents.

-Vous pouvez enfin libérer votre fidèle compagnon.

Je tiens à préciser que cela ne va pas se faire en une semaine et qu’il ne faut pas hésiter à revenir à certaines étapes précédentes. Ne considérez pas que cela est acquis pour le reste de la vie de votre chien et continuez à le faire travailler sur les différents stades tout au long de sa vie à vos côtés. Refaire travailler le chien sur des choses qu’il maîtrise déjà est selon moi une des meilleures manières d’avoir un chien « au top » Ne restez pas trop longtemps sur vos acquis, cela pourra vous jouer des tours. Encore une fois je sais de quoi je parle. Ayant voulu aller trop vite dans le projet de désensibiliser ma chienne aux lapins, je l’ai libéré trop tôt sans prendre le temps de revenir sur ce qu’elle savait déjà. Ca allait au début, j’étais fière de ses acquis et du travail accompli et, un soir, elle en a poursuivi un jusqu’aux abords d’une route très fréquentée. J’ai eu peur de la perdre ce soir là. Depuis, j’ai tout repris du début  et fait les choses plus lentement. Ne vous laissez pas emballer par les progrès rapide de votre chien, cela pourrait vous offrir quelques surprises.

Tynn – Votre ami Youtube

Souvent, j’aime me mettre dans la peau d’un propriétaire lambda à la recherche d’informations sur l’éducation du chien ; avec un moteur de recherche et des mots-clés simples, je peux découvrir quels sont les premiers sites et/ou forums qui apparaissent, et les informations qu’un néophyte peut en tirer. Cette fois, c’est sur Youtube que s’est porté mon choix, et par pure curiosité, j’ai simplement tapé « apprendre pas bouger chien » pour voir la première vidéo proposée

Entendons-nous bien sur ce point : il y a autant de méthodes d’éducation qu’il y a de chiens, et je ne doute pas un seul instant de l’efficacité de celle-ci ; seulement là, je me place dans la peau d’un individu n’allant pas en club canin et cherchant à apprendre un ordre simple à son chien, sans avoir de bases sur l’éducation et le comportement au préalable. Ce n’est donc pas une critique gratuite, mais une analyse.

Chaque morceau d’analyse sera présenté sous cette forme : Observation => Ce que j’aurais rajouté

La théorie est bien traitée, ce n’est pas cette base qui m’a réellement interpelé, mais plutôt la partie « pratique » de la chose. Au début, le chien est assis, longe détendue, le maître à 1m50. Bien. Pour l’instant, rien d’abbérrant, mais comment faire si il s’agit d’un jeune chien ? Imaginez le petit spitz de six mois, tenant son assis quelques secondes pour bondir auprès du maître dès que ce dernier recule ? => D’abord renforcer la position si elle n’est pas tenue alors que le maitre est à côté

Il faut ensuite marcher d’un côté et de l’autre du chien, en clamant l’ordre « pas bouger ». Pour la plupart des chiens, ça peut marcher, mais il restera toujours les autres. Les jeunes, les actifs, les peu concentrés. => Il faudrait préciser des étapes intermédiaires, au moins pour montrer au chien ce que l’ordre signifie. Avancer d’un pas, féliciter, reculer de deux, féliciter… Combien de temps en plus pour ces étapes ? Une minute. Combien de chances pour que le chien se relève ? Beaucoup moins qu’au départ.

D’ailleurs, la récompense, parlons-en ! Certains chiens peuvent travailler une heure pour un sourire du maître ; d’autres comme mon dernier, ont très vite compris qu’il y avait pléthore d’activités plus distrayantes à faire que de m’écouter raconter mes salades, aussi grand mon sourire puisse-t-il être. Pas une caresse, pas une félicitation orale, rien. Très bien. Mais alors, il faudra m’expliquer comment le chien devine qu’il a bien fait. Encore une fois, certains y arrivent bien, surtout quand ils ont été entrainés dès leur plus jeune âge à fonctionner ainsi. Mais pour le chien de famille, qui ne connait guère plus de dix mots et qui ne réfléchit pas souvent… Il restera là, assis, si on a de la chance, à se demander ce qu’il se passe. Il ne bouge pas en effet, mais il ne faut pas espérer qu’il puisse effectuer l’ordre dehors.. => On peut refuser de donner une friandise au chien, mais il est capital de MARQUER le bon comportement. Un « pas bouger, c’est bieeen ! » est déjà tellement plus gratifiant ! Alors avec quelques friandises, tout devient subitement plus clair, et tellement plus motivant !

 » On lâche la longe et on abandonne le chien  » =>  …. Que dire là-dessus. Si encore une fois les distances n’ont pas été augmentés petit à petit, le chien a trois choix : rester assis, suivre son maitre, on vaquer à ses occupations. Si il n’a rien reçu pour être récompensé, pourquoi resterait-il ? Si au contraire il a été renforcé, il sait qu’en restant assis, il obtiendra au mieux une récompense gustative, il sera bien plus enclin à attendre ! Si évidemment l’absence est soit brève, soit déjà travaillée petit à petit…

Cette vidéo est la première proposée pour l’apprentissage de l’immobilité, et je ne la trouve absolument pas adaptée aux néophytes ; elle peut en fait être exploitée si l’on prend le temps d’y intercaler des étapes intermédiaires. On peut clairement voir que le chien utilisé n’est même pas attentif à l’exercice. Il ne se rend peut-être même pas compte qu’il travaille ! Il détourne le regard, se gratte, change de positon… Des signes démontrant qu’il ne manifeste pas d’intérêt pour la chose.

Pour résumer succinctement :
– MARQUER le bon comportement et RÉCOMPENSER en conséquence
– Renforcer le assis dans la durée avant de s’éloigner
– Reculer pas à pas en récompensant régulièrement, puis monter peu à peu la distance
– Répéter l’exerce dans les lieux publics pour que le chien généralise le comportement

Tynn – L’école enfer du chiot

L’école enfer du chiot

Voilà un article que j’avais écrit en novembre dernier, un mois après avoir adopté Diez. Il me semble que cette expérience, bien que désastreuse, puisse être riche d’enseignements pour certaines personnes moins renseignées, mais bien intentionnées.

Cela fait maintenant quinze jours que j’ai fait ma première leçon dans un club canin avec Diez. Avant de l’emmener, j’avais été visiter pour vérifier que le club était conforme à mes attentes : respect du chien, personnel compétent, installations sécurisées… Le cadre était très sympa, les gens dispo pour répondre aux questions, et ce qui m’a le plus plu, on lâchait les chiens ensemble avant les cours (tout le monde était prié de venir 15 min avant pour défouler nos loups et les faire rencontrer les nouveaux). Parfait !
J’y suis donc retourné la semaine suivante.
Après un trajet plutôt long en bus avec Diez (il connaissait déjà, et j’avais des friandises pour transformer l’épreuve en quelque chose de positif) j’arrivais au club où quelques personnes étaient déjà présentes. Il joue avec chiens et chiots, s’amuse, fait l’andouille, cherche les vieux qui le remettent à sa place, bref, je suis ravie qu’il prenne contact avec des chiens très zen et équilibrés, et de se défouler avec des jeunes de son âge.

Le cours commence alors. Dans un enclos, la monitrice/éducatrice (?) nous demande de lâcher les chiens… Sauf Diez et un petit berger allemand aussi jeune que lui. Selon elle, les autres sont trop vieux pour jouer avec et pourraient être brutaux. Mais… Ils jouaient déjà avant et tout se passait très bien ? Et il y a un adulte régulateur dans le tas, tout est donc réuni pour que la séance se passe bien, non ? Me considérant comme néophyte et elle, diplômée, j’accepte donc ses raisons. Les chiens jouent, Diez couine, s’excite, veut participer, cherche le Berger Allemand, mais on me rappelle à l’ordre, il faut le garder au pied. Je raccourcis donc la laisse, songeant que ça commence déjà mal. Je suis très loin d’être le maitre idéal, et j’ai énormément à apprendre. Pourtant Diez a deux mois et je sais qu’il est trop jeune pour être tenu assis au pied alors que d’autres jouent. Après cinq bonnes minutes, les rôles s’inversent et je peux lâcher Diez avec le Berger Allemand. Ils jouent, grognent, couinent, font des roulés boulés et j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, ravie comme une gosse de voir mon bébé si content ! Mais soudain, la mono rentre dans mon champ de vision, s’interpose et écrase mon loup sur le dos en le maintenant par la gorge « T’es trop brutal espèce de monstre ! » Il glapit, se débat et pousse de hauts cris « Oh, j’te fais pas mal, calme toi ! » Elle finit par le relâcher et il repart la tête basse. Mentalement, je me dis que si elle tente de l’attraper une seconde fois, elle aura bien plus de mal. Encore une fois, je ne dis rien, même si mon estime envers elle chute de minutes en minutes.

Il est temps de rattacher nos loups. J’appelle le mien, et je le félicite chaudement de revenir presque aussitôt, au lieu de continuer à jouer. Les autres chiots arrivent, en laisse eux aussi. On parle un peu de la propriété des chiots. «  Ah, la tienne a fait pipi pendant ton absence ? Oui c’est de la vengeance ça. » Je commence à me demander ce que je fiche ici. Mon regard effleure les autres qui ne bronchent pas. Pour eux, un chien qui urine par vengeance, c’est normal ? Bon, après tout nous sommes peu à savoir que c’est impossible.. D’accord, la chienne qu’elle observait a sept mois, elle est censée être propre… Censée. Les accidents arrivent à tout le monde. Mais c’est plus facile de critiquer quand on observe, alors je garde le silence.

Hop, le cours semble commencer réellement, il faut travailler les positions ! Comme vous commencez à vous en douter, la monitrice vient vers moi et me montre gentiment qu’il faut faire asseoir le chien en pressant son arrière-train et le coucher en tirant ses antérieurs. J’essaye d’intervenir. « Mais il… » « Non mais il sait s’ass… » « D’accord, mais vous savez j’ai commencé à lui apprendre à se couch.. » Elle s’éloigne. Je reste frustrée, voire même excédée. Nous somme huit ou neuf, n’a-t-elle pas une petite minute à m’accorder pour se renseigner, et ne pas me classer direct dans la case de « la nouvelle et son tout petit chien qui ne sait rien ? »
J’observe les autres, source inépuisable de riches enseignements. Des mètres droits comme des piquets qui hurlent les « Assis ! Iron Assis ! » et qui félicitent d’une voix atone d’un « ça c’est assis ça c’est assis. » Je soupire et me tourne vers le mien qui hésite entre mourir d’ennui en silence ou sauter sur ce qui est à sa portée pour me montrer que rester immobile le gave. Je lui demande quelque assis et couchés dans l’indifférence générale. La mono vient juste me voir pour me dire que je le récompense mal. Mes «  ouiiii c’est bien ! C’est bien Diez ! » c’est cool ils sont enthousiastes, mais il faut répéter l’ordre. Okay, j’approuve, pas de problème. Mais pas un mot sur mon loup de deux mois et demi qui obéit parfaitement au contraire des autres de sept qui regardent les copains d’à côté faire de l’agility.

Je ne sais pas quoi faire. Enchaîner les assis et couché, c’est bien, même avec des friandises, mais je devine que le mien veut jouer, courir, bouger ! Je fais quelques pas pour le distraire « Le laisse pas sentir par terre ! Raccourcis la laisse à fond, il apprendra à marcher au pied comme ça ! » Euh okay. Et sinon la pause, c’est quand ? J’en vois d’autres qui essayent de travailler la marche au pied, donnant de grands coups de laisse à leur chiot qui met le nez par terre ou dévient un peu. La petite Husky qui « faisait pipi par vengeance » est très dissipée. J’entends la prof qui marmonne un « merde j’ai oublié mes étrangleurs, la prochaine fois on lui en met » Elle attrapa la laisse, la secoue par le collier, l’embarque dans une marche forcée et la décolle du sol dès qu’elle s’éloigne de la jambe. Heureusement, mon « bébé qui ne sait rien faire » est trop jeune, elle ne tente pas l’expérience. Ouf pour lui…

Cela fait bien une demi-heure et les chiots ont toujours été tenus en laisse, soit courte, soit lâche pourvu qu’ils soient assis au pied. Arrive visiblement un moment ludique : on sort des tuyaux, des bâches et des caisses en carton, pour que les chiots gèrent leur stress envers l’inconnu. De loin, je suis ravie, Diez est un peu peureux au début, mais en lui donnant le temps d’analyser, d’observer et de renifler la chose, il comprend très vite que c’est inoffensif. Pourtant, on ne prend pas le temps de laisser les chiots mettre en place ce processus : encore une fois, tenus court, ils doivent passer sur ou à côté des objets sans leur laisser le temps d’approcher à leur rythme. Certains montrent clairement des signes d’apaisement et sont stressés ; on les ignore et lorsqu’ils ne fuient plus, on conclue qu’ils ont assimilé la chose alors on jete les caisses auprès d’eux et on secoue la bâche sous leur nez.
Je me sens oppressée, mal à l’aise, comme si j’étais ces chiens paniqués. J’ai peur de mal juger, d’être dans le faux, peut-être qu’il y a une part de bon là-dedans ? Bien sûr il y a plusieurs méthodes pour éduquer un chien, et si je me trompais ? Et si c’était une solution de mettre le chien face à ses peurs sans lui laisser le temps de fuir ? … Et si je jugeais mal ?
Je n’aime pas l’environnement. Vraiment. J’ai envie de partir. De voir Diez jouer et non stressé, collé à ma jambe, ou en train de tirer sur sa laisse pour aller pour les autres chiots.
La période ludique s’arrête enfin. J’attends toujours la récré.
Il n’y en aura pas.

L’étape suivante est le rappel. Des mètres très gentils et pensant bien faire qui appellent leur chien d’une voix sans timbre, restant figés, debout, sans un geste. Certains arrivent au galop, ravis de les rejoindre, et d’autres vont voir les copains. La monitrice les chasse à coup de laisse. Quand vient mon tour, je fais l’andouille, accroupie, frappant dans mes mains, appelant mon chien qui vient, pas franchement motivé malgré mes pitreries. Je ne sais quoi en penser, mais il est venu vers moi alors cela me suffit. Son rappel est moins bon ici que lors de nos promenades, mais qui l’en blâmerait ?

C’est la fin du cours. Les chiots n’ont pas été lâches une seule fois et je me sens bien moins à l’aise qu’à mon arrivée. J’ai envie de partir vite et loin, mais je laisse mon loup jouer avec les chiens qui arrivent pour le cours d’après : il a un autre trajet en bus à endurer et il vient de subir une heure en laisse sans bouger, il serait idiot de ne pas lui permettre de courir un peu. Je m’éclipse, prends mon sac, salue tout le monde et siffle Diez peu après.

Je n’ai éduqué que deux chiens dans ma courte vie, et tout ce que je sais, je l’ai appris seule, dans les livres et sur les forums d’éducation. Je juge peut-être mal et je conçois le fait que mes pensées peuvent déplaire à certains qui appliquent certaines méthodes décrites ici comme « barbares » avec succès et sans briser leur chien.
Mais Diez avait deux mois et demi lors de ce cours, et il est resté en laisse pendant une longue heure, entouré de chiens qu’il n’avait pas le droit de toucher.

Ce fut mon premier essai en club, mais mon dernier dans celui-ci.
Je poste ce message ici au risque de subir les foudres de certains, pour tous les adorables maîtres qui adorent leur chien et ne leur veulent que du bien mais n’y connaissent rien, et leur font subir des heures éprouvantes dans une pseudo école du chiot où on règle tout par la force.

J’avais posté cet article sur un forum d’éducation pour partager mon avis, n’étant pas réellement sûre de la justesse de mes propos à ce moment. Cinq mois plus tard et énormément de lectures et de recherches m’ont clairement démontré que mes impressions s’étaient révélées justifiées lors de mon essai dans ce petit club. Il me parait important de partager cette expérience, même si j’imagine que la plupart des lecteurs de ce billet se révéleront être des propriétaires avertis et/ou partisans de l’éducation positive.

Un club qui met en place une « école du chiot » n’est pas forcément adapté pour nos boules de poils, surtout si l’on y embarque des chiots de deux mois qu’on imagine « à risques » comme le peuvent être le berger allemand ou les molosses, qu’on classe dans la catégorie des chiens qui deviendront dangereux sans « dressage » précoce.

Certes, l’éducation précoce et la sociabilisation entrent en ligne de compte, mais ce qui importe entre deux et six mois n’est pas la quantité des expériences rencontrées, mais leur qualité. On oublie bien trop souvent que la pile électrique au bout de la laisse est née moins de huit semaines auparavant pour les plus jeunes, et les éducateurs devraient le souligner auprès de ceux qui exigent déjà des résultats. C’est le rôle des encadrants que de guider le propriétaire sur le bon chemin de l’éducation, et l’école du chiot ne devrait être qu’une garderie ludique où il n’est pas question de positions à apprendre (ou du moins, de façon très atténuée) mais d’expériences sonores, visuelles et olfactives entrecoupées de parties de jeu avec les autres chiots et quelques rappels par les maîtres dans la joie et sans prise de tête.

Les chiots sont à l’école primaire, il est grand temps d’arrêter de vouloir en faire des adultes responsables avant l’heure.